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MARTINENQ, L’IMPRIMEUR PARFUMEUR

[ENJEUX & INNOVATIONS] 

Avec la disparition programmée de son principal marché, Martinenq, spécialisée dans l’impression pour l’industrie du luxe, a dû se réinventer. L’entreprise propose aujourd’hui une offre dite « full service » allant de la conception du packaging au conditionnement de flacons de parfum en passant par leur remplissage. Mieux, Martinenq est désormais en mesure de fournir à ses clients la production de leur jus. Ce qui représente un véritable tournant stratégique destiné à pérenniser cette entreprise centenaire.

Issu du magazine Connect’ 72 – janvier 2026

« Souvent on me demande comment j’ai pu prendre avec Martinenq un tel virage stratégique et comment j’ai eu l’idée de cette diversification », témoigne Jean-Christophe Martinenq, dirigeant de l’imprimerie. Il faut dire qu’en la matière, il y avait urgence.

Depuis plus de cent ans, cette entreprise familiale de 90 personnes, située aujourd’hui en Seine-et-Marne (Lieusaint), fournit les plus grandes marques de parfumerie et de cosmétique. Elle leur propose en particulier des solutions d’impression dans le domaine du packaging. « Nous réalisions beaucoup de notices, livrets, brochures d’accompagnement de produits de beauté et de cosmétiques glissés dans les packagings. Or, nos clients ont commencé à moins utiliser de papier dès 2010 », se remémore le dirigeant de Martinenq. Par conséquent, le chiffre d’affaires de l’entreprise se met à baisser. Dans l’optique de compenser cette perte de CA, Jean-Christophe décide alors de développer l’activité de supports packaging pour des échantillons destinés à la cosmétique, en particulier des cartes ouvertes pour les vials*. Et il a eu bien raison d’anticiper. Car, en 2020, les principaux clients grands comptes de Martinenq suppriment cette fois toutes les notices d’accompagnement dans leur packaging. L’objectif ? Diminuer le poids de leurs emballages et répondre au mieux à leurs engagements RSE. Résultat : ce marché va petit à petit disparaître.
« Il y a dix ans, il constituait 80 % de notre CA, il n’en représente plus que 10 %. »

Une offre à 360° conçue pour les marques émergentes

Puis, Jean-Christophe a eu l’idée de développer un tout nouveau service : le remplissage des flacons d’échantillon et le conditionnement de parfum. En s’appuyant sur cette activité, il souhaite en effet proposer une offre globale, un tout-en-un ou « full-service » qui intègre sur le même lieu le conseil, l’écoconception de packagings, leur production, le remplissage des flacons, le conditionnement dans des packagings secondaires et enfin leur  distribution. « En analysant le marché, je me suis rendu compte que les grandes marques du secteur étaient servies par de grands acteurs du remplissage et du conditionnement. En parallèle, je me suis aperçu que le segment des marques de niche et des marques émergentes avec de plus faibles volumes se retrouvait, lui, un peu délaissé, avec des délais de livraison très longs. Il y avait là un marché à conquérir. Nous avons donc construit notre offre en fonction de cela avec un outil industriel très souple. Il nous permet de remplir des échantillons (2 ml), mais aussi du produit mini-vente (10 à 12 ml) et du produit vente pour d’assez petites séries. » Cet outil s’appuie sur de nouvelles machines et une nouvelle structure de 500 m². Celle-ci comporte une salle blanche et une salle grise.
« La première ligne est destinée au remplissage des flacons où il ne doit pas y avoir la moindre pollution extérieure. La seconde est plus spécialement dédiée au conditionnement automatique. » Martinenq a également dû revoir ses espaces de stockage pour séparer les produits alcoolisés (zone atex**) de la partie papier/carton. « Tout cela nous a demandé une bonne année de travaux et entre 1,5 et 2 millions d’euros d’investissements », souligne Jean-Christophe.

Enfin, la société a financé des formations pour certains de ses salariés qui se sont reconvertis dans ce nouveau métier. « Nous avions annoncé une grosse réorganisation et d’importants investissements pour pérenniser l’activité de l’entreprise et les emplois. S’il est toujours difficile de sortir de sa zone de confort, nos collaborateurs ont joué le jeu. »

* vial : ampoule en verre, en anglais. C’est un petit flacon d’échantillon généralement de 2 ml.
** zone atex : zone utilisée pour stocker des matières inflammables.

Montée en puissance et développement à l’international

Aujourd’hui, grâce à des accords de partenariat passés avec des usines de production sur lesquels il s’adosse, Martinenq va même jusqu’à formuler et fabriquer des jus pour ses clients.

« À ce jour, nous sommes le seul opérateur industriel graphique français, voire européen, à proposer cette offre 360°. Elle correspond en tous points aux desiderata de notre clientèle en termes de RSE puisque nous faisons tout sur place ce qui évite les différents transports d’un site à l’autre. Par ailleurs, nous sommes nous-mêmes très engagés dans une démarche RSE. Nous venons d’ailleurs de passer d’Ecovadis Argent à Ecovadis Or », commente Jean-Christophe. « Ces derniers mois, nous sommes montés en puissance même si le contexte actuel est un peu compliqué. Mais, je n’ai plus de crainte sur le fait d’avoir fait le bon choix. Ma seule insatisfaction est que cela prend plus de temps qu’escompté pour expliquer notre réorientation stratégique, et qu’il nous faut beaucoup communiquer », indique-t-il.

Alors, pour accélérer, Martinenq a mis le cap sur l’international, et cible des pays dont la culture du parfum est extrêmement ancrée dans les mœurs. C’est notamment le cas au Moyen-Orient : « Nous avons participé à plusieurs salons Beauty World, à Dubaï (en octobre 2024 et 2025) et Ryad (en avril 2025). Nous y avons rencontré beaucoup de marques qui se sont montrées intéressées par notre démarche.» Martinenq se trouve d’ailleurs en pleine réflexion sur la possibilité d’avoir une représentation physique au Moyen-Orient.

Et, lorsqu’on lui demande donc comment il a pu prendre un tel virage, Jean-Christophe se plaît à répondre : « Je crois que dans nos métiers, il nous faut plus que jamais être à l’écoute de nos marchés pour aller chercher des axes de diversification en relation avec nos activités historiques. »

MARTINENQ
2, rue Georges-Charpak
77127 Lieusaint
www.martinenq.com
90 collaborateurs